Le Caveau des 11 Cygnes #3
Agrafé par Alivia
Nom : Le Caveau des 11 Cygnes #3
Auteur : Bory
Année de parution : 2007
Type de fanzine : histoire à suivre
Format : A5
Reliure : agrafage
Nombre de pages : 24 pages / Noir et blanc
Site internet : http://scarlet.butterflies.free.fr/
Alors que je cherchais une citation sur l’Art pour introduire cette chronique, un doute m’assaillis : et si tout l’Art de cette écriture était dans sa lascivité, son opportunisme ? Comme une quête perpétuelle ; et, dans le cas du Caveau (comme je l’abrégerai dorénavant), une quête du fin Verbe, celui qui serait capable de restituer au mieux les pensées éparses d’un parcoureur impromptu ?
Par manque certain d’organisation, c’est la troisième partie de l’histoire que nous évoquerons ici (les premiers volumes devraient suivre). Dame Bory officie dans le milieu fanzinatique depuis un bon bout d’années maintenant - elle avait marqué mon esprit au fer rouge dans les premiers Scythe, ou au fil de quelques pages dévouées à la cause Potter-o-phile - et à chaque nouveau printemps, son travail réapparaissait, encore éclairci. Ce troisième tome du Caveau, publié en 2007 et dernier paru en date (mais que font les hautes instances, Diable… !), semblait asséner l’évidence du travail bien fait.
Se réappropriant l’histoire où elle avait été délaissée, le lecteur rejoint Liesbeth, évanouie, au cœur des bois. Liesbeth qui placera par ailleurs son rôle de personnage principal de côté, s’écartant pour donner grand vent à un épisode flash-back fichtrement bien fichu. Toute la difficulté du flash-back (qui, rappel, interrompt la chronologie d’une histoire pour effectuer un retour en arrière et raconter un événement antérieur) réside en quelques notions d’équilibriste scénaristique : il faut donc à tout prix éviter de se perdre dans les méandres de ce que l’on souhaitait éclaircir, parvenir à conserver la tension et l’ambiance (comme si le récit se courbait sans se fracturer), et évidemment fuir les clichés, ces venimeuses crapules tapies tout près de nos plumes, qui n’attendent qu’un moment inattentif pour surgir au grand jour.
Dans son mot d’auteur, Bory écrit d’ailleurs qu’elle n’avait pas en tête cet exercice lorsqu’elle avait impulsé le Caveau ; mais qu’il lui avait finalement paru incontournable… Souci d’opacité, ou simple ficelle pour mener à son terme un troisième épisode qui ne trouvait pas de cordelette conductrice ? Qu’importe : le récit est dynamique, sombre, tour à tour inquiétant, jouissif et pitoyable (au sens philosophique du terme - il fait éprouver de la pitié envers le Prince malfaisant), et c’est avec grand plaisir, un plaisir presque souverain, que l’on clôture ce chapitre, toujours avide d’une suite à venir.
L’écriture de Bory est fluide, vivante, sincère, et forcément inspirée par les univers qui ont bâti sa Bibliothèque d’artiste. Ici, exit le trop-plein d’insultes et grossièretés du premier tome (qui avaient tendance à paralyser l’œil sur la page) ; le ton se fait intense, et l’importance de l’intrigue amoureuse donne tout son poids aux maux. Bémol déposé sur les dernières notes - car l’écriture ainsi bâtie se voit parasitée par le terrible équipage des “lol” et autres “XD XD”…
Le dessin et la mise en page, tout simplement brillants, témoignent de l’évolution du trait et de la pensée de la porteuse de crayon. Cependant, si les expressions et visages ont d’apparence tout d’un professionnalisme posé, je ne peux m’empêcher de regretter le manque de décors, et le vide que laissent derrière elles certaines cases. Mais il faut ce qu’il faut, dirait l’autre (à peine plus de deux semaines pour faire mousser cet épisode entier, on ne s’étonne plus de rien dans la jungle des fanzines… !).
Techniquement parlant, un véritable soin a été apporté au fascicule en lui-même : petit, mignon, pratique à emporter, il trône un peu partout en exhibant fièrement sa tête de couverture d’une beauté presque fantomatique. Il faut tout de même préciser qu’une très grande partie des travaux de Bory font la part diaphane aux aquarelles et encres, qu’elle utilise avec dextérité : ici, le papier épais, glacé et brillant, impulse toute sa force à l’illustration (que l’on retrouve par ailleurs au stade de croquis, dans les dernières pages).
L’ensemble du travail est très propre : les textes côtoient cadres et bordures pour un cheminement de lecture étudié, les croquis restent clairs, et les petites notes les accompagnant décuplent sans difficulté la curiosité du lecteur. Par pitié cependant, plus de Comic Sans MS... ! (Définitivement, il faut monter un front d’achèvement collectif). Je souffre le martyr lorsque j’imagine les bulles fournies d’une autre police…
En bref
Un achat quasi-obligatoire, ne serait-ce que pour savourer chez soi la claque de la qualité, graphique et scénaristique, de cette histoire à charge de suite !