Écarquillettes #8
Agrafé par Alivia
Nom : Écarquillettes #8
Auteurs : Benjamin Adam, Claire Agopian, Baron Ours, Olivier Bron, Glen Chapron, Mathieu Demore, Lucie Deroin, Anne-Charlotte Gautier, Élisa Géhin, Yann Le Bras, Violaine Leroy, Liberman Strasbourg, Lilas, Donation Mary, Léopold Pasquier, Aurore Petit, Matthias Picard, Emmanuel Romeuf, Vincent Sorel, Thibault Soulcié, Julia Wauters
Année de parution : 2008
Type de fanzine : BD, illustrations
Format : ~ A4
Reliure : agrafes
Nombre de pages : 64 pages / Noir et blanc
Site internet : http://www.troglodyte.eu/ecarquillettes
Chercher l’étymologie d’un nom sorti de l’imagination foutraque de ses créateurs non moins crépitant, ce serait comme essayer de faire d’un poème de Queneau son étendard de vie : mais bon, ça se fait, ça s’est déjà vu, alors pourquoi pas, soyons fous.
Écarquillettes sonne à la manière d’une douce mélodie de cloche : c’est écarquiller, ouvrir, forcer un passage. Sans aller jusqu’à appeler à notre bon souvenir une variété de pâtes bien connue des enfants difficiles, on pourrait penser que le suffixe « illettes » n’est pas sans transporter dans son sillon le goût de la légèreté, d’une certaine gaîté - fragile mais faisant mouche. Pourquoi donc s’enticher de cette analyse préalable ? Parce que bien souvent, le nom d’un ouvrage aide à mieux empoigner son contenu, à aiguiller notre chemin ; ajoute à notre interprétation pour finalement devenir indéfectible de ce qu’elle renferme.
Et que renferme cette couverture soignée, sensée et aguichante (sérigraphiée nous dit-on en fin de lecture), si ce n’est une tenue de route digne et sensible, sans écart de style, dans une homogénéité à faire pâlir d’envie un grand bol de lait concentré ? Un palmarès de créateurs multiples, divers, mais s’enfuyant dans une même direction. S’il faut compter sur certaines participations d’une page ou deux, déconcertantes dans le sens qu’on en aurait parfois souhaité plus (je pense ici à Violaine Leroy ou Aurore Petit – j’ai eu beau tourner et retourner dans tous les sens mon exemplaire, les traces s’arrêtaient là…), sont à relever certaines pépites de trouvailles graphiques et scripturales, telles les inclinaisons de philosophie morbide de Baron Ours (sculpteur d’un noir et blanc tout à fait charmant), les métamorphoses (un thème dans le mouv’) traitées par Lucie Deroin et Lilas (pour la première, un gros coup d’organe cardiaque, un trait vraiment sensible et d’une grande finesse), la ligne maligne de Benjamin Adam dans Glou glou, non sans rappeler certains bons jours de Sempé (à la croisée du rêve flottant, en apesanteur inversée, dépouillé et un peu naïf), et les surprenantes contributions d’Élisa Géhin
(qui joue du hibou comme Gotlib jouait des moustaches ou des couronnes, dans une élégante simplicité) ou Yann Le Bras (qui a su faire mon bonheur dans la contemplation silencieuse d’un travail d’une robuste finesse, presque minuscule mais coruscante).
Ajoutons à cela qu’il vous est possible, lecteurs de cette chronique et parcoureurs en tout genre, de jeter d’hors et déjà un œil (ou deux) sur l’Écarquillettes nouveau, via le site internet du fanzine. Et si mes doutes premiers quant au choix de cette lecture ont immédiatement disparu, c’est que tenir l’objet en mains fait chaud au cœur : papier de grande qualité, noirs profonds, format original un peu extraterrestre – l’Écarquillettes huitième du nom poursuit une ligne directrice claire qui trépigne en nos paumes loin des pixels de sa lecture internetique.
Pour 5€50, l’investissement se fait sans hésitation.
En bref

Un « coin coupant » pointu et acéré, une présentation claire, classe, juste bien pensée, et une impression du feu de Zeus qui rendrait presque soupçonneux le fait de parler encore de fanzine (c’est qu’ils sont agaçants à la fin,
ces gens). Écarquillettes entrouvre nos paupières à un huitième opus évident ; et c’est prouver encore qu’en ces temps, il n’est pas nécessaire de faire trop pour être efficace.