Gorgonzola #14
Agrafé par Alivia
Nom : Gorgonzola #14
Auteurs : Sébastien Ayreault, Bé, Olive Booger, Guy Boutin, Jean Bourguignon, Fritz Bowwl, Docteur C., Fafé, Thomas Froissard, Gelweo, Stanislas Gros, Benoît Guillaume, Simon Hureau, Iris, Jeneverito, Jzef, Vincent Lefèvre, les frères Leglatin, Mandragore, Maël Rannou, Pascal Rannou, Emmanuel Reuzé, Lionel Richerand, Gilles Rochier, Mickaël Roux, Rox, Richard Suicide, Erwin Suvaal, Lucas Taïeb, Jean-Michel Thiriet, Tifenn, Tony, Yann Tréhin, Marko Turunen, Nikola Witko, Yvang, Eléonore Zuber
Année de parution : 2008
Type de fanzine : BD, illustrations, textes
Format : A5
Reliure : dos carré-collé
Nombre de pages : 128 pages / Noir et blanc
Site internet : http://legouttoir.free.fr
Il y a déjà quelques mois qu’Agraphages s’en allait en guerre, ses membres bien déterminés à conquérir le monde, le sur-monde, et puis l’au-delà. Il s’en est fallu de peu, mais le bilan à tirer sur papier chamois d’or ne relève que du positif (un plaisir d’écriture et de très sympathiques rencontres au coin d’un feu de forêt).
C’est par exemple à l’occasion du trente-sixième festival international de la bande-dessinée d’Angoulême que j’ai pu trébucher sur le stand du fanzine Gorgonzola, écrasant par ailleurs les phalanges de son protecteur, Maël Rannou, grand manitou incisif et déterminé, à la manière d’une locomotive qu’on aurait du mal à arrêter en gare. Maël Rannou, l’ombre derrière le volume, et son équipage d’infatigables, naviguent ici sur leur quatorzième numéro, à plus de quatre-vingt deux mains et tout autant d’ongles griffus (les chiffres ont leur pesant, c’est prouvé).
Après treize numéros publiés dans une régularité quasi-indiscutable, Gorgonzola s’est interrompu pour mieux revenir : à rythme différé désormais semestriel, mais comme d’un bloc neuf (chouette reliure, nombre de pages raffermi…). C’est qu’il faut faire face aux obligations du temps qualitatif, et c’est ce qui permet aux participations les plus tourbillonnantes comme les plus intrigantes de prendre ici place, sous l’égide d’une couverture semblant tout droit issue d’un mouvement graphique propagandiste qui marque l’esprit et ne délaisse pas indifférent. On retrouvera donc pêle-mêle entassés dans ce radical virage, les entrechats poétiques de Stanislas Gros (au trait doux et virevoltant), les chroniques d’un quotidien à plumes de Gilles Rochier, les tribulations conquérantes de Fribulde le Marin (guidé par Jzef, qui a su soulever ma cage thoracique de manière franche et… conquise ?), ou la nauséeuse expérience synaptique emmenée par Léo Quièvreux, tranchante comme un éclair, qui mélange habilement les trames et les bribes de trip cosmique allumé.
Les pages se suivent mais ne se ressemblent pas, au profit d’une fraîcheur de lecture souvent renouvelée : sont également à rappeler les noms de Vincent Lefebvre (qui joue du format comme de sa narration, en induisant le rôle du cadre en tromperie – c’est la multitude qui provoque le rire), le récit de voyage d’Olive Booger (avec sa narration agréable et vivante, qui n’est pas sans m’évoquer les techniques intrusives de données scientifiques dont use Marion Montaigne sur son blog Tu mourras moins bête), ou l’inébranlable Yvang, qui poinçonne nos pupilles de réflexions vibrantes d’abstraction et de trames acérées.
Le plus succulent restera pour ma part (fan indécrottable) la participation ténébreuse de Lionel Richerand : il faudrait dire l’inquiétante pression qui s’est emparée de moi, alors que je contemplais les visages ciselés, les ratures puissantes, l’implosion graphique bouillonnante. De l’effroi réjouissant, sous couvert d’absurde déroulement ; et la fin qui dégouline, rageuse, entre mythe réinterprété avec malice et dérapage violent.
En bref

128 pages concentrées et éclatées que quarante-et-un auteu
rs grignotent dans un joyeux chaos : Gorgonzola #14 propose quelques pépites aux lecteurs avisés, et ce nouveau choix de format dénote une évolution durable, une volonté indéfectible de faire toujours mieux pour les temps à venir. Le risque à encourir étant qu’en mêlant ainsi tant de styles et de personnalités, les participations d’une ou deux pages se font parfois un peu frustrantes dans le sens qu’elles restent incomprises, ou que l’on éprouve comme l’impression de ne pas avoir le temps de s’y attacher pleinement. Nul besoin, du reste, d’encourager la course de la fière embardée de Gorgonzola, qui semble (telle une locomotive que l’on aurait du mal à interrompre en gare) bien décidé à expérimenter, découvrir, écarteler les genres pour se payer un champ d’action étendu, éclectique, et fourmillant.