À nu
Agrafé par Alivia
Nom : À nu
Auteurs : Alice Lair, Marielle Lebrun
Année de parution : 2008
Type de fanzine : recueil d’illustrations, d’expérimentations graphiques
Format : A6
Reliure : Dos carré-collé
Nombre de pages : 90 pages / Noir et blanc
Site internet : http://uncadeux.canalblog.com
Si comme moi vous étiez de la partie, et que, comme moi, vous vous prenez à regretter de ne pas avoir eu l’esprit assez vagabondeur lors de l’édition 2008 de la Japan Expo (la plus grande convention d’Europe dédiée aux mangas, animes et peluches parlantes Pucca
- est-il utile de le rappeler), sachez que vous avez parfaitement… Raison !
Toutes les journées de nos existences apportent leurs lots de découvertes ; et parmi certains, de vraies coquilles crépitantes, que l’on aurait aimé déterrer plus tôt. C’est le cas du petit À nu (qui déborde à peine d’une paume), distribué comme le vent et prétexte à participation à ce festival estival pour deux blogueuses en mal de sensations fortes.
Un peu de simplicité, dans ce monde de sauvageons : j’irai même jusqu’à dire un peu d’évidence, puisque c’est l’impression que procure ce recueil. Les expériences graphiques se succèdent, tous d’une grande finesse, d’un confort apparent. Ce qu’il y a de bien, avec ce genre d’éditions, c’est que l’intention était clairement énoncée dès le départ : présenter son travail aux passants curieux. Avec cette affirmation, on ne se monte pas le bourrichon ; on va à l’essentiel, c’est-à-dire les dessins.

Et les dessins d’Alice Lair et de Marielle Lebrun se complètent et s’auto-stimulent, parfois très similaires, parfois bien différents : reste que la cohérence est là, et que le tout fonctionne d’une traite, voire d’un jet. Cette homogénéité préserve en elle quelque chose
comme de l’honnêteté minutieuse ou de l’humilité ; les petites historiettes s’enchâssant de manière légère et tout à fait naturelle.
En bref
Il faut forcément avoir hâte de suivre les avancées des deux conceptrices - qui ont finalement dissout leur embarcation de fortune après cette première expérimentation - et tirer une leçon importante de cette découverte rafraîchissante : toujours fouiller et rester curieux, même au beau milieu de la plus grande convention d’Europe et de ses montagnes de trousses clignotantes kitschissimes.
Le prix de vente, fixé à 5€, aurait pu prêter à confusion silencieuse : mais la reliure était faite main, et le papier délicat recouvrant ce recueil achevait de définir À nu comme un peu différent, et précieux. 
Nom : Gorgonzola #14
Il y a déjà quelques mois qu’Agraphages s’en allait en guerre, ses membres bien déterminés à conquérir le monde, le sur-monde, et puis l’au-delà. Il s’en est fallu de peu, mais le bilan à tirer sur papier chamois d’or ne relève que du positif (un plaisir d’écriture et de très sympathiques rencontres au coin d’un feu de forêt).
Après treize numéros publiés dans une régularité quasi-indiscutable, Gorgonzola s’est interrompu pour mieux revenir : à rythme différé désormais semestriel, mais comme d’un bloc neuf (chouette reliure, nombre de pages raffermi…). C’est qu’il faut faire face aux obligations du temps qualitatif, et c’est ce qui permet aux participations les plus tourbillonnantes comme les plus intrigantes de prendre ici place, sous l’égide d’une couverture semblant tout droit issue d’un mouvement graphique propagandiste qui marque l’esprit et ne délaisse pas indifférent. On retrouvera donc pêle-mêle entassés dans ce radical virage, les entrechats poétiques de Stanislas Gros (au trait doux et virevoltant), les chroniques d’un quotidien à plumes de Gilles Rochier, les tribulations conquérantes de Fribulde le Marin (guidé par Jzef, qui a su soulever ma cage thoracique de manière franche et… conquise ?), ou la nauséeuse expérience synaptique emmenée par Léo Quièvreux, tranchante comme un éclair, qui mélange habilement les trames et les bribes de trip cosmique allumé.
Les pages se suivent mais ne se ressemblent pas, au profit d’une fraîcheur de lecture souvent renouvelée : sont également à rappeler les noms de Vincent Lefebvre (qui joue du format comme de sa narration, en induisant le rôle du cadre en tromperie – c’est la multitude qui provoque le rire), le récit de voyage d’Olive Booger (avec sa narration agréable et vivante, qui n’est pas sans m’évoquer les techniques intrusives de données scientifiques dont use Marion Montaigne sur son blog
Le plus succulent restera pour ma part (fan indécrottable) la participation ténébreuse de Lionel Richerand : il faudrait dire l’inquiétante pression qui s’est emparée de moi, alors que je contemplais les visages ciselés, les ratures puissantes, l’implosion graphique bouillonnante. De l’effroi réjouissant, sous couvert d’absurde déroulement ; et la fin qui dégouline, rageuse, entre mythe réinterprété avec malice et dérapage violent.