Le dernier kilomètre #1
Agrafé par Anne-Perrine

Nom : Le dernier kilomètre #1
Auteure : Julie Delporte
Année de parution : 2011
Type de fanzine : illustrations, BD
Format : A5
Reliure : agrafé
Nombre de pages : 30 pages / Noir et blanc
Prix : un peu moins de 5$ (9$ pour les commandes européennes)
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Site internet de Julie Delporte : http://juliedelporte.com/
Agraphages, il est vrai, ne brille pas par la régularité de ses mises à jour. Il gravite entre la mort cérébrale et le quasi-coma, avec parfois, de temps à autres, un éveil électrique qui tombe à pic. Mais il reste vivant et définitivement là : je crois que c’est ce qui me plaît. De savoir que lorsque l’envie ou le besoin de chroniquer quelque chose, de parler d’une publication, se fera ressentir, Agraphages répondra présent et toujours disponible.
Aujourd’hui, il pleut. Il fait gris. L’automne est bien avancé.
C’est la saison durant laquelle on préfèrerait bien souvent rester au chaud chez soi, devant un bon film ou une bonne lecture, sous un plaid, un chocolat chaud fumant entre les paumes.
C’est aussi la saison qui correspond le mieux, selon moi aux travaux de Julie Delporte.
Jeune québécoise très impliquée dans le milieu de la bande dessinée (il FAUT aller jeter un œil au site des éditions Colosse, auxquelles elle a publié quelques ouvrages, ainsi qu’au site ultra-actif des 48 heures de la bande dessinée de Montréal qu’elle a contribué à créer), Julie Delporte était également animatrice à Dans ta bulle, une émission de radio qui chronique régulièrement une sélection d’albums et de nouvelles publications de qualité, et se trouve actuellement en résidence au Center for Cartoon Studies pour quelques mois qui promettent d’être très créatifs. Elle fait partie de ce que cet article désigne comme la “relève” de la bande dessinée québécoise - avec tout plein d’autres dessinatrices très talentueuses que je vous encourage à découvrir.
Surtout, Julie Delporte tient un journal en ligne, “Le dernier kilomètre”, mis à jour avec la régularité d’une horloge. Chaque jour ou presque, Julie publie des extraits de ses carnets, des illustrations, de petites histoires, dans lesquelles le dessin, la couleur et l’écriture ont une place et une qualité égales.
Sensiblement similaire à ce que l’on peut imaginer d’un journal intime, le blog de Julie éparpille ses réflexions, ses pensées, ses doutes, ses moments d’inspiration ou d’intense tristesse de manière sincère, touchante et juste. La justesse et l’intensité, voilà ce qui me séduit le plus à la lecture de ces articles : je m’y sens toujours aspirée, entièrement enveloppée par ces mots, densément captive.
Je laisse le temps s’écouler, je relis trois, quatre fois chaque extrait, en savourant les choix de couleurs et de disposition des phrases comme on savoure une belle chanson poignante. Je me plais à me perdre dans ce que j’imagine être le sentiment distillé lors de la création de ces formes et de ces lignes. Parfois je crois juste que j’aurais pu écrire telle ou telle chose avec une sincérité égale. Je ne le fais pas. J’admire Julie de le faire, de le faire si bien, si simplement. Avec ce trait qui tremble un peu, ces remplissages pas uniformes, ces ratures. Ce côté tellement humain et proche qui fait qu’à la lecture attentive de cet espace, j’ai presque l’impression que Julie est quelqu’un que j’ai l’habitude de côtoyer et que j’apprécie.
Le fanzine Le dernier kilomètre (#1 - ce qui laisse à penser que d’autres numéros paraîtront ?) n’est pas une compilation de son journal publié sur Internet : il s’agit d’histoires et d’illustrations inédites, dont le ton est cependant relativement similaire à ce dernier. Je dis “relativement” car pour moi, il a peut-être manqué ce “quelque chose” de si juste qui fait tout son blog. Peut-être que les belles couleurs, les crayons et les craies, ont aussi manqué. J’ai retrouvé cette douceur, cette contemplation, mais j’ai - de manière tout à fait voyeuriste, je le confesse ! - cherché en vain à retrouver les anecdotes de la vie quotidienne de son auteure aussi personnellement et intensément racontées.
Je n’ai cependant pas été déçue : j’ai découvert une autre facette du travail de Julie Delporte, avec un dessin au crayon plus affirmé, de belles planches sans contours de cases qui laissent le dessin sortir, s’échapper et voyager. Une alternance entre les rythmes de narration et les échelles des dessins - qui fait que l’œil ne s’ennuie pas.

En bref
Il y a deux semaines, j’ai conseillé à mes étudiants de Licence 3 d’aller voir le travail de dessin de Julie Delporte (surtout en ce qui concerne son usage libéré du crayon de couleur). J’ai l’impression de porter ce qu’elle fait en moi et de ne pas vouloir manquer une occasion de la soutenir et de l’encourager. Je conseille véritablement la lecture attentive de ses histoires et la découverte du Dernier kilomètre (le fanzine comme le blog). Si le travail de Julie fait référence à d’autres auteures que j’apprécie également beaucoup, il a ce petit quelque chose d’unique qui mérite de poursuivre son chemin… :-)
J’en profite pour vous rappeler qu’Agraphages est ouvert à tous et que nous nous faisons toujours une joie d’accueillir vos chroniques ou avis concernant les fanzines ou publications de vos découvertes, qu’il vous plairait de mettre en avant ou pour lesquelles une petite publicité n’est jamais de trop !
Nom : Hatoyebe #1 - Revisitons les contes
La couverture soignée a rapidement attiré mon oeil, les couleurs travaillées et la mise en page claire ont fait leur effet sur moi. Une fois le fanzine en mains, j’ai compris que c’était le tout premier numéro de l’équipe et qu’il était consacré aux contes de fées. Hatoyebe est donc un fanzine à thème, chaque numéro est et sera consacré à un nouveau thème. Si le sujet choisi pour ce premier numéro n’est pas spécialement original, les premières pages du fanzines, elles, attisent notre curiosité et nous poussent à le feuilleter entièrement.
Hatoyebe #1 est bien loin des premiers numéros de fanzines bancals, dans lesquels il manque une page, dont l’agrafage laisse à désirer et dont la mise en page est plus que douteuse. L’équipe d’Hatoyebe a porté un soin particulier à son fanzine, à son impression, à son assemblage, à sa mise en page et à la qualité des travaux qui y sont présentés. Et en plus d’être douée, cette fine équipe n’es pas pingre ! A l’heure où le moindre fanzine de 28 pages (noir et blanc de surcroît) vous coûte un bras, Hatoyebe #1 ne vous coûtera que 3 malheureux euros !
Nom : À nu
- est-il utile de le rappeler), sachez que vous avez parfaitement… Raison ! 
comme de l’honnêteté minutieuse ou de l’humilité ; les petites historiettes s’enchâssant de manière légère et tout à fait naturelle. 
Nom : Lunarzine #4
Nom : Écarquillettes #8
Chercher l’étymologie d’un nom sorti de l’imagination foutraque de ses créateurs non moins crépitant, ce serait comme essayer de faire d’un poème de Queneau son étendard de vie : mais bon, ça se fait, ça s’est déjà vu, alors pourquoi pas, soyons fous.
Et que renferme cette couverture soignée, sensée et aguichante (sérigraphiée nous dit-on en fin de lecture), si ce n’est une tenue de route digne et sensible, sans écart de style, dans une homogénéité à faire pâlir d’envie un grand bol de lait concentré ? Un palmarès de créateurs multiples, divers, mais s’enfuyant dans une même direction. S’il faut compter sur certaines participations d’une page ou deux, déconcertantes dans le sens qu’on en aurait parfois souhaité plus (je pense ici à Violaine Leroy ou Aurore Petit – j’ai eu beau tourner et retourner dans tous les sens mon exemplaire, les traces s’arrêtaient là…), sont à relever certaines pépites de trouvailles graphiques et scripturales, telles les inclinaisons de philosophie morbide de Baron Ours (sculpteur d’un noir et blanc tout à fait charmant), les métamorphoses (un thème dans le mouv’) traitées par Lucie Deroin et Lilas (pour la première, un gros coup d’organe cardiaque, un trait vraiment sensible et d’une grande finesse), la ligne maligne de Benjamin Adam dans Glou glou, non sans rappeler certains bons jours de Sempé (à la croisée du rêve flottant, en apesanteur inversée, dépouillé et un peu naïf), et les surprenantes contributions d’Élisa Géhin
(qui joue du hibou comme Gotlib jouait des moustaches ou des couronnes, dans une élégante simplicité) ou Yann Le Bras (qui a su faire mon bonheur dans la contemplation silencieuse d’un travail d’une robuste finesse, presque minuscule mais coruscante). 